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L'avis de Patrick Mioulane / Coups de coeur / Un étonnant conifère

Un étonnant conifère  


Un étonnant conifère

Un étonnant conifère contemporain des dinosaures a été redécouvert en Australie. Quelques rares spécimens sont désormais proposés en jardineries. L’occasion d’offrir un cadeau hors du commun… Car la plante est magnifique et j’en parle en connaissance de cause, car j’ai la chance de posséder un spécimen qui prospère dans un grand pot depuis trois saisons.

 

L’histoire commence en août 1994, lorsque le garde-chasse australien David Noble entreprend une excursion dans une des zones les plus reculées du parc national Wollemi en Nouvelle Galles du Sud. Le 10 septembre, explorant un canyon d’accès particulièrement difficile, caractérisé par une ambiance très humide et un environnement totalement protégé, il y découvre un groupe d’une quarantaine d’arbres adultes et d’environ 200 jeunes sujets, dont l’aspect est totalement différent du reste de la flore locale.
Avec leurs feuilles vert foncé qui ressemblent à de la fougère, et une écorce globuleuse de couleur chocolat, ces arbres lui sont totalement inconnus. David Noble prélève soigneusement quelques échantillons et décide de les rapporter afin de les faire identifier par des botanistes de Sidney.

Considéré comme disparu depuis deux millions d’années
Sur la simple observation rapide d’un rameau, Wyn Jones des services de la flore des parcs nationaux de Nouvelle Galles du Sud opte spontanément pour une fougère. Mais lorsque David Noble évoque un arbre de 40 m de haut, force lui est de constater que l’on se trouve sans doute sur la piste d’une grande découverte scientifique et botanique.
Après une étude minutieuse par Jan Allen et Ken Hill, botanistes des Jardins botaniques royaux de Sidney, il s’avéra que les échantillons présentaient nombre de similitudes avec le genre Agathis, mais plus encore avec des Araucariacées fossiles datant de l’ère tertiaire (en particulier le genre Dilwynites). C’est notamment le cas du pollen, dont la structure est identique à celle de ce dernier. Il faut aussi mentionner la disposition particulière des feuilles portées par les pousses latérales adultes. Comme chez les Araucariacées fossiles, elles se présentent sur quatre rangs, dont deux forment un angle de 150 à 175° et les deux autres, insérés entre les premiers selon un angle de 50 à 90°. David Noble après sa découverte a d’ailleurs dit que les pousses « ressemblaient à une queue de stégosaure ».
Les investigations des chercheurs ont permis de se rendre compte que cette plante était déjà connue à l’état de fossile, le plus ancien étant daté de 90 millions d’années. L’espèce était supposée disparue depuis 2 millions d’années ! Elle aurait atteint son expansion maximale entre le Jurassique et le Crétacé, c’est-à-dire entre 200 et 65 millions d’années avant notre ère, période qui correspond à l’apogée des grands dinosaures.
Considérant à l’évidence qu’il s’agissait d’une espèce totalement nouvelle, l’arbre a été nommé : Wollemia nobilis ou « pin Wollemi », allusion pour le genre au site d’origine de la plante et hommage à son découvreur pour l’espèce. Les trois botanistes : Wyn Jones, Ken Hill et Jan Allen qui ont participé à son identification ont été honorés comme auteurs officiels.

Protection et collection
Sitôt cette extraordinaire découverte officialisée par le monde scientifique, le gouvernement australien a pris des dispositions légales très strictes en vue de protéger la très petite population de Wollemia nobilis.

Un second site a été découvert en 1999 à environ 1 km du premier, puis un troisième en 2000, ce qui porte la population actuellement connue à quelque 100 pins Wollemi adultes et environ 200 juvéniles. Ils occupent près de 3 ha dans des zones sableuses et basaltiques en sol acide (pH : 4,5), situées entre 670 et 780 m d’altitude.
La région bénéficie d’un climat très humide, mais tempéré. La terre d’alluvions est très riche en matière organique, mais elle ne fournit pas de nutriments. Le but des autorités australiennes consistant en priorité à protéger les sujets sauvages et leur biotope, la zone où se développe ce fossile vivant a été tenue secrète.

Dans le même temps, un programme de reproduction et de culture a été développé par les Australiens, en vue d’assurer la sauvegarde de l’espèce. La plantation de pins Wollemi dans un grand nombre de jardins botaniques, mais aussi la possibilité d’assouvir les désirs légitimes des collectionneurs de végétaux rares, grâce à une commercialisation fort bien managée, devraient éviter les risques d’une collecte sauvage.

Une double reproduction
Seuls les plus vieux spécimens de pin Wollemi sont aptes à la multiplication sexuée. La maturité des cônes mâle a lieu entre septembre et début octobre, le pollen étant dispersé en novembre et décembre (été austral). Le pourcentage de graines fertiles est très faible, mais la germination de ces dernières dépasse 90 %. La croissance des plants obtenus par semis est désespérément lente (moins de 1 cm par an).
Les premiers pins Wollemi ont été bouturés, en utilisant les yeux latents qui se trouvent à la base des pousses verticales. Cet arbre fait aussi l’objet de tests très prometteurs en matière de culture in vitro.
Dans la nature, les biologistes ont observé que certains troncs se ramifiaient naturellement ou que des rejets de racines pouvaient couramment émerger tout près de la base, d’où la formation de cépées.
L’important système racinaire de Wollemia nobilis lui permet de bien résister à la sécheresse. Les racines s’insinuent dans les moindres fissures du sol.

Un conifère très élégant
Wollemia nobilis forme un arbre majestueux dont les plus grands spécimens atteignent de 30 à 40 m de haut, avec un tronc de 1 m à 1,20 m de diamètre. Diverses analyses ont montré que les arbres de 80 cm de diamètre devaient être âgés de plus de 350 ans. L’écorce couverte de nodules bruns est très particulière, comme boursouflée, faisant penser, selon son découvreur à des « bouillonnements de chocolat fondu ».
Comme chez les Araucaria, on observe un dimorphisme foliaire dans la forme des feuilles et leur disposition sur les pousses. Elles sont plus courtes, plus épaisses et plus régulièrement réparties chez les sujets adultes que chez les pins Wollemi juvéniles. Par ailleurs, les écailles des cônes présentent une longue pointe qui rappelle les Araucaria, mais les graines ailées se rapprochent plus de celles des Agathis. Elles sont probablement disséminées par le vent (anémochorie).
Ces différentes caractéristiques, qui étaient déjà connues chez certains fossiles de conifères australiens du Crétacé, ont permis de rapprocher ces plantes disparues du Wollemia nobilis.

Une riche vente aux enchères
Les premiers pins Wollemi proposés à des particuliers ont fait l’objet d’une vente aux enchères le 23 octobre 2005.
La filiale australienne de la fameuse maison Sotheby’s a mis en vente ce jour là 292 exemplaires, réalisant pour l’occasion une recette de plus de un million de dollars australiens, ce qui a dépassé toutes les espérances, et montré l’extraordinaire engouement pour cet arbre. La « Sir Joseph Banks Collection » comprenant quinze pins Wollemi provenant chacun de l’un des quinze spécimens sur lesquels ont été prélevées des boutures dans la nature, a atteint la somme de 150 000 $ !

Partenariat avec des jardineries
Dans le but d’assurer la pérennité de l’espèce et d’éviter tout risque de dégradation de la population naturelle, dont 38 sujets seraient âgés de plus de 400 ans, des pins Wollemi ont été plantés dans différents parcs et jardins botaniques du monde entier, grâce au partenariat financier de professionnels de l’horticulture et de distributeurs spécialisés.
Les tout premiers pins Wollemi ont été proposés au public australien le 1er avril 2006. Les jardineries françaises, partenaires des plantations officielles ont obtenu leurs premiers spécimens dans le courant du mois d’octobre de la même année. Aujourd’hui, on trouve des petits sujets à environ 100 € pièce.

Ce conifère est absolument extraordinaire, notamment au printemps lorsque son bourgeon terminal forme une sorte d’excroissance verruqueuse couverte d’une résine blanchâtre qui donne l’impression d’une colonie de cochenilles farineuses. Ensuite, les jeunes pousses se développent comme si elles sortaient d’une chrysalide, avec une crispation étonnante. D’un vert clair tirant sur l’émeraude, elles sont vraiment très décoratives.
Le pin Wollemi de notre jardin pousse d’environ 25 cm par an.


COUPS DE GUEULE
Le “zéro phyto”

Certaines communes pratiquent aujourd'hui le "zéro phyto", autrement dit arrêtent purement et simplement d'utiliser des produits phytosanitaires, Il s'agit en fait plus d'un discours en apparence écologiquement correct qui ne concerne en fait que le désherbage.

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