Un étonnant conifère
Un étonnant conifère contemporain des dinosaures a été redécouvert en Australie.
Quelques rares spécimens sont désormais proposés en jardineries. L’occasion
d’offrir un cadeau hors du commun… Car la plante est magnifique et j’en parle en
connaissance de cause, car j’ai la chance de posséder un spécimen qui prospère
dans un grand pot depuis trois saisons.
L’histoire commence en août 1994, lorsque le garde-chasse australien David Noble
entreprend une excursion dans une des zones les plus reculées du parc national
Wollemi en Nouvelle Galles du Sud. Le 10 septembre, explorant un canyon d’accès
particulièrement difficile, caractérisé par une ambiance très humide et un
environnement totalement protégé, il y découvre un groupe d’une quarantaine
d’arbres adultes et d’environ 200 jeunes sujets, dont l’aspect est totalement
différent du reste de la flore locale.
Avec leurs feuilles vert foncé qui
ressemblent à de la fougère, et une écorce globuleuse de couleur chocolat, ces
arbres lui sont totalement inconnus. David Noble prélève soigneusement quelques
échantillons et décide de les rapporter afin de les faire identifier par des
botanistes de Sidney.
Considéré comme disparu depuis deux millions
d’années
Sur la simple observation rapide d’un rameau, Wyn Jones des
services de la flore des parcs nationaux de Nouvelle Galles du Sud opte
spontanément pour une
fougère. Mais lorsque David
Noble évoque un arbre de 40 m de haut, force lui est de constater que l’on se
trouve sans doute sur la piste d’une grande découverte scientifique et
botanique.
Après une étude minutieuse par Jan Allen et Ken Hill, botanistes
des Jardins botaniques royaux de Sidney, il s’avéra que les échantillons
présentaient nombre de similitudes avec le genre Agathis, mais plus encore avec
des Araucariacées fossiles datant de l’ère tertiaire (en particulier le genre
Dilwynites). C’est notamment le cas du pollen, dont la structure est identique à
celle de ce dernier. Il faut
aussi mentionner la disposition particulière des feuilles portées par les
pousses latérales
adultes. Comme chez les
Araucariacées fossiles, elles se présentent sur quatre rangs, dont deux forment
un angle de 150 à 175° et les deux autres,
insérés entre les premiers selon un angle de 50 à 90°. David Noble après sa
découverte a d’ailleurs dit que les pousses « ressemblaient à une queue de
stégosaure ».
Les investigations des chercheurs ont permis de se rendre
compte que cette plante était déjà connue à l’état de fossile, le plus ancien
étant daté de 90 millions d’années. L’espèce était
supposée disparue depuis
2 millions d’années ! Elle
aurait atteint son expansion maximale entre le Jurassique et le Crétacé,
c’est-à-dire entre 200 et 65 millions d’années avant notre ère, période qui
correspond à l’apogée des grands dinosaures.
Considérant à l’évidence qu’il
s’agissait d’une espèce totalement nouvelle, l’arbre a été nommé : Wollemia
nobilis ou « pin Wollemi », allusion pour le genre au site d’origine de la
plante et hommage à son découvreur pour l’espèce. Les trois botanistes : Wyn
Jones, Ken Hill et Jan Allen qui ont participé à son identification ont été
honorés comme auteurs officiels.
Protection et collection
Sitôt
cette extraordinaire découverte officialisée par le monde scientifique, le
gouvernement australien a pris des dispositions légales très strictes en vue de
protéger la très petite population de Wollemia nobilis.
Un second site a
été découvert en 1999 à environ 1 km du premier, puis un troisième en 2000, ce
qui porte la population actuellement connue à quelque 100 pins Wollemi adultes
et environ 200 juvéniles. Ils
occupent près de 3 ha dans des zones sableuses et basaltiques en sol acide (pH :
4,5), situées entre 670 et 780 m d’altitude.
La région bénéficie d’un climat
très humide, mais tempéré. La terre d’alluvions est très riche en matière
organique, mais elle ne fournit pas de nutriments. Le but des autorités
australiennes consistant en priorité à protéger les sujets sauvages et leur
biotope, la zone où se développe ce fossile vivant a été tenue secrète.
Dans le même
temps, un programme de reproduction et de culture a été développé par les
Australiens, en vue d’assurer la sauvegarde de l’espèce. La plantation de pins
Wollemi dans un grand nombre de jardins botaniques, mais aussi la possibilité
d’assouvir les désirs légitimes des collectionneurs de végétaux rares, grâce à
une commercialisation fort bien managée, devraient éviter les risques d’une
collecte sauvage.
Une double reproduction
Seuls les plus vieux
spécimens de pin Wollemi sont aptes à la multiplication sexuée. La maturité des cônes
mâle a lieu entre septembre et début octobre, le pollen étant dispersé en
novembre et décembre (été austral). Le pourcentage de
graines fertiles est très faible, mais la germination de ces dernières dépasse
90 %. La croissance des plants obtenus par semis est désespérément lente (moins
de 1 cm par an).
Les premiers pins Wollemi ont été bouturés, en utilisant les
yeux latents qui se trouvent à la base des pousses verticales. Cet arbre fait
aussi l’objet de tests très prometteurs en matière de culture in vitro.
Dans
la nature, les biologistes ont observé que certains troncs se ramifiaient
naturellement ou que des rejets de racines pouvaient couramment émerger tout
près de la base, d’où la formation de cépées.
L’important système racinaire
de Wollemia nobilis lui permet de bien résister à la sécheresse. Les racines
s’insinuent dans les moindres fissures du sol.
Un conifère très
élégant
Wollemia nobilis forme un arbre majestueux dont les plus grands
spécimens atteignent de 30 à 40 m de haut, avec un tronc de 1 m à 1,20 m de
diamètre. Diverses analyses ont montré que les arbres de 80 cm de diamètre
devaient être âgés de plus de 350 ans. L’écorce couverte de
nodules bruns est très particulière, comme boursouflée, faisant penser, selon
son découvreur à des « bouillonnements de chocolat fondu ».
Comme chez les
Araucaria, on observe un dimorphisme foliaire dans la forme des feuilles et leur
disposition sur les
pousses. Elles sont plus
courtes, plus épaisses et plus régulièrement réparties chez les sujets adultes
que chez les pins Wollemi juvéniles. Par ailleurs, les écailles des cônes
présentent une longue pointe qui rappelle les Araucaria, mais les graines ailées
se rapprochent plus de celles des Agathis. Elles sont probablement disséminées
par le vent (anémochorie).
Ces différentes caractéristiques, qui étaient déjà
connues chez certains fossiles de conifères australiens du Crétacé, ont permis
de rapprocher ces plantes disparues du Wollemia nobilis.
Une riche
vente aux enchères
Les premiers pins Wollemi proposés à des particuliers
ont fait l’objet d’une vente aux enchères le 23 octobre 2005.
La filiale
australienne de la fameuse maison Sotheby’s a mis en vente ce jour là 292
exemplaires, réalisant pour l’occasion une recette de plus de un million de
dollars australiens, ce qui a dépassé toutes les espérances, et montré
l’extraordinaire engouement pour cet arbre. La « Sir Joseph Banks Collection »
comprenant quinze pins Wollemi provenant chacun de l’un des quinze spécimens sur
lesquels ont été prélevées des boutures dans la nature, a atteint la somme de
150 000
$ !
Partenariat avec des jardineries
Dans le but d’assurer la
pérennité de l’espèce et d’éviter tout risque de dégradation de la population
naturelle, dont 38 sujets seraient âgés de plus de 400 ans, des pins Wollemi ont
été plantés dans différents parcs et jardins botaniques du monde entier, grâce
au partenariat financier de professionnels de l’horticulture et de distributeurs
spécialisés.
Les tout premiers pins Wollemi ont été proposés au public
australien le 1er avril 2006. Les jardineries françaises, partenaires des
plantations officielles ont obtenu leurs premiers spécimens dans le courant du
mois d’octobre de la même année. Aujourd’hui, on trouve des petits sujets à
environ 100 € pièce.
Ce conifère est absolument extraordinaire, notamment
au printemps lorsque son bourgeon terminal forme une sorte d’excroissance
verruqueuse couverte d’une résine blanchâtre qui donne l’impression d’une
colonie de cochenilles farineuses. Ensuite, les jeunes pousses se développent
comme si elles sortaient d’une chrysalide, avec une crispation étonnante. D’un
vert clair tirant sur l’émeraude, elles sont vraiment très décoratives.
Le
pin Wollemi de notre jardin pousse d’environ 25 cm par an.